Comment ça commence #2 Sur la page auparavant vierge...

Voici la suite de ma participation au projet "Comment ça commence ?" de Agoaye*. Petit défi supplémentaire personnel : je continue l'histoire du CCC # 1 !
Sur la page auparavant vierge se détachaient maintenant de drôles de symboles. Ils inscrivaient dans son livre de vie le premier passage conscient d'une vie à la suivante, le début d'un cycle mystique, cette réincarnation...
Soudain, ces étranges écritures dansèrent dans sa vision, tout devint flou et tourbillonna dans un épais brouillard cosmique. Il en eût la sensation d'une chute vertigineuse et infinie, se réveilla en sursaut et faillit s'étouffer en buvant la tasse, si l'on pouvait dire ainsi. Reprendre son souffle après un rêve qui vire au cauchemar, un réflexe si humain, se révéla particulièrement dangereux dans cette nouvelle vie quasi-aquatique !
Heureusement, la baie corallienne où il se trouvait en ce moment critique était peu profonde, même à marée haute ; en deux coups de nageoires, il eût les narines à l'air libre et respira à pleins poumons pour chasser cette sensation désagréable. Sa chute onirique, un déjà-vu métaphysique, était en fait une réminiscence de son bref flottement dans la mort, que son subconscient n'avait pas tout à fait intégré, semblait-il. Et à l'évidence, il n'était pas encore habitué à tous les bouleversements qu'impliquait sa nouvelle condition.

De manière plus pragmatique, il songea qu'il lui faudrait être plus prudent désormais concernant les endroits propices au sommeil (ou non) en fonction des marées. Il voulait mettre tous ses atouts en jeu pour améliorer ses chances de survie, puisqu'il était devenu membre d'une espèce menacée.

Il suivit son instinct, qui l'avait déjà sauvé,apprit l'art de la fuite afin d'éviter les dangers, découvrit comment se nourrir, et se trouva un abri pour se reposer. L'humain en lui était toujours paniqué à l'idée de ne dormir que d'un œil entre deux eaux. Quelques bribes de connaissances sur les tortues, souvenirs parcellaires d'une passion de son enfance, l'aidaient à cette adaptation difficile.

Ainsi passèrent des jours, qui furent bientôt des semaines...
 Malgré la routine qui s'était installée das son quotidien, il continuait à s'émerveiller devant la dentelle fragile des coraux au mille couleurs, les algues et anémones qui ondulaient et dansaient selon les courants. Coquillages, crustacés et poissons bariolés -ses nouveaux voisins- s'organisaient en foules hétéroclites dont les flux et reflux rappelaient l'activité humaine des grandes villes. Il y voyait la transposition sous l'océan de lieux célèbres : ici, c'était comme Time Square à New-York ou Shibuya à Tokyo, là, comme au pied de la Tour Eiffel de Paris ou là-bas, comme à Rio un jour de Carnaval...Il y avait tant à voir qu'il lui semblait inutile de partir en exploration trop loin. Il n'aurait su dire s'il était toujours à proximité de l'île où il avait éclos ou s'il avait dérivé ailleurs dans cet archipel. Il faudrait pourtant qu'il le découvrît un jour...

A suivre...

* Rappel des consignes : "Vous avez un mois pour écrire et partager avec nous un billet ou un article. [...] Une seule contrainte : tous les écrits du mois doivent commencer par la même amorce de phrase ! Il est interdit de changer le moindre mot, la moindre virgule, car ils sont autant d’indices qui vous permettront de tisser ensuite la trame de votre récit, et permettre au train de votre imagination de se mettre en marche !" Ici, c'est la phrase écrite en gras au début du texte.

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