Comment ça commence # 4 Lorsque soudain la lumière jaillit...

Voici la suite de ma participation au projet "Comment ça commence ?" de Agoaye*. Vous découvrez aujourd'hui l'épisode du mois d'avril. Pour mémoire , vous trouverez ici les épisodes précédents : CCC # 1 - CCC # 2 - CCC # 3
Bonne lecture !
Lorsque soudain la lumière jaillit, il fut très surpris. La surface de l'océan, qui jusque là reflétait la pâle clarté des étoiles dans la nuit noire, venait de s'illuminer de rubans fluorescents animés par le dernier souffle de l'alizé qui s'apaisait enfin. Ce spectacle fascinant rappelait fortement le chatoiement des aurores boréales, à la différence près qu'il se passait non pas dans les cieux des Pôles, mais dans les eaux du Pacifique.

La tortue se demanda s'il s'agissait de la célébration du calme revenu après des jours et des jours de vent fort, de vagues impétueuses où la nage en apnée était la seule praticable pour avancer... Sans parvenir à se faire une idée précise de ce phénomène qu'il percevait comme magique, sa curiosité le poussa à s'approcher. S'il n'en apprit pas davantage au sujet de cette fête de la Nature, il put bien mieux profiter de la vue hypnotique des zébrures délicates et éphémères se brouillant et se fondant au gré de vaguelettes minuscules, provoquées par les mouvements gracieux d'une pléthore d'animaux marins venus eux aussi au plus près des lueurs étranges.
Rondes et imitations de quadrilles, sauts d'un ruban fluorescent à un autre, telles étaient les figures complexes que décrivaient les poissons virevoltant et dansant. L'océan orné de ces lumières devint, pour un long moment, une salle de bal décorée somptueusement d'autant de lampions et pampilles qu'il y avait d'algues phosphorescentes et microscopiques évoluant dans les reflets d'étoiles, transformant cette efflorescence tropicale en nébuleuse d'un vert cosmique.

Après des mois de solitude absolue au cœur de l'immensité du Pacifique, il fut si heureux de sentir autour de lui autant d'êtres vivants qu'il se jeta à corps perdu dans l'ivresse de la foule retrouvée à ce bal improvisé. Il évolua parmi tous d'une nage enjouée, légère et déliée pour mieux savourer l'impression de faire partie d'un tout, comme la goutte d'eau dans l’océan entourée par ses semblables. Il s'offrit plus qu'il participa à ce ballet aquatique spontané orchestré seulement par les bruits d'eau furtifs des uns et des autres. Il dansa, encore et encore, avec l'intensité folle de celui qui s'oublie lui-même au sein de la foule, vivant avec délices la transe collective de la multitude.

Cette parenthèse de lumière et vie venait à point dans son errance hors d'Océanie. Il avait fini par admettre la nécessité de partir, de suivre l'instinct de la tortue qu'il était devenu, ainsi qu'un certain avertissement d'une femme sage, et avait donc débuté une migration vers les eaux plus fraîches de l'Hémisphère Nord aux méduses abondantes - son nouveau plat favori. Le long voyage qu'il entreprit alors l'avait amené ce jour en plein Pacifique, près de l’Équateur.
Au tout début, la découverte de la vie nomade en pleine mer lui avait beaucoup plu. Cependant, au fil des semaines, la lassitude avait augmenté sa solitude, puisqu’il voyageait seul, ermite pélagique, ne croisant que trop rarement à son goût âme qui vive. Il eût parfois même souhaité apercevoir de plus près des requins, alors que ces derniers faisaient pourtant partie de ses prédateurs !

L'immensité de l'océan était si vide... mais si belle !
Il se devait de reconnaître que pas un seul instant il ne s'était lassé d'admirer et de s’émerveiller devant l'infinité des paysages maritimes qui lui était donné de découvrir. Chaque variation, même infime, dans les courants, la force du vent ou la course des nuages modulait les vagues : formes,  tailles et couleurs, depuis la transparence absolue et lumineuse du jour, au noir d'encre piqueté de reflets d'astres la nuit.
Quant au spectacle inoubliable où il participait en ce moment magique, il sut en savourer jusqu'à l'épuisement total la beauté et la rareté, tout comme il savait profiter de chaque merveille que la Nature offrait généreusement.

A suivre : CCC # 5

* Rappel des consignes : "Vous avez un mois pour écrire et partager avec nous un billet ou un article. [...] Une seule contrainte : tous les écrits du mois doivent commencer par la même amorce de phrase ! Il est interdit de changer le moindre mot, la moindre virgule, car ils sont autant d’indices qui vous permettront de tisser ensuite la trame de votre récit, et permettre au train de votre imagination de se mettre en marche !" Ici, c'est la phrase écrite en gras au début du texte.

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