Comment ça commence # 3 Maman, maman, j'ai fait une grosse bêtise...

Je continue à participer au projet "Comment ça commence ?" de Agoaye*. Nous arrivons aujourd'hui à l'épisode 3 de l'histoire ! Pour mémoire , voici les épisodes précédents : CCC # 1 - CCC # 2 

Maman, maman, j'ai fait une grosse bêtise !
L'enfant, affolé par les mouvements désordonnés de la tortue qui s'était subitement retrouvée sur le dos, avait couru jusqu'à sa maison aussi vite que ses petites jambes le lui avaient permis. Il se reposait sur la sagesse de sa mère pour l'aider à remettre l'animal sur pattes.
Mais que s'était-il donc passé ?
Pourquoi notre reptile préféré se retrouvait-il paniqué et les quatre fers en l'air, si j'ose dire ?

Notre héros marin, qui avait besoin parfois de moments à terre - il ne se faisait toujours pas à l'idée de rester constamment en  mer - s'était trouvé par hasard dans une crique proche d'un village, sur une jolie plage où les plus jeunes venaient jouer volontiers. C'est ainsi qu'il croisa le chemin d'un enfant - celui que nous avons découvert confessant un terrible aveu.

Ne sachant guère ce qu'il pourrait advenir de cette rencontre inattendue, bien que ravi de voir un humain, autrefois l'un des siens, il tenta de prendre la poudre d'escampette. Oui, "tenta" car la marée basse avait augmenté la distance à parcourir dans le sable avant qu'il n'atteignît l'océan, et comme vous l'avez déjà constaté, progresser sur une plage n'était pas son fort (cf CCC # 1). Bref, il peina pitoyablement pour avancer de quelques pas glissés.

De son côté, l'enfant reconnut d’emblée une tortue marine, mais s'étonnait de la voir sur terre plutôt que dans l'eau, qui devrait être son milieu naturel. Il comprit immédiatement l'intention de l'animal mais aussi ses difficultés à la réaliser. Cela lui rappela le sauvetage dont il avait été le témoin privilégié quelques mois auparavant : son père, ce héros, avait déplacé dans ses bras musclés une autre tortue, prise au piège d'un trou d'eau à marée descendante, pour la relâcher en douceur dans l'écume des vagues moutonnantes. L'enfant résolut alors de secourir l'animal en détresse, et s'en avança sans geste brusque, très lentement.

Bien évidemment, l'approche du petit d'homme accéléra sa tentative de fuite maladroite car malaisée, mais en vain. Il s'affola tout à fait lorsque l'enfant le toucha du bout des doigts avant de poser les mains sur lui. Dans la mesure où il ne pouvait deviner ses bonnes intentions, il s'agita de plus belle. Malgré ce dernier effort, il se trouva capturé entre les mains de l'enfant qui tenaient fermement les bords de sa carapace. Puis il perdit contact avec le sol : il était soulevé assez haut pour ne pas gêner la marche vers la mer de son sauveteur. Il paniqua complètement et chercha à se libérer de cette étreinte. L'humain en lui dépassait l'instinct de tortue placide qui aurait supporté stoïquement la situation, en évitant de gâcher son énergie.
Au bout de quelques pas, un grand mouvement de nageoire heurta l'enfant au bras. S'il était déjà bien surpris par ce comportement, le coup déstabilisa sa prise sur la carapace et il fit tomber le reptile, qui chuta brutalement sur le dos. Ayant conscience que la situation était critique pour la tortue encore toute sonnée, il l'abandonna pourtant, mais juste le temps nécessaire pour aller chercher de l'aide.

Le souffle court à cause de sa chute, que le sable n'avait pas vraiment amortie, il ne comprit ce qui lui était arrivé qu'à la pression constante qu'exerçaient maintenant ses organes sur ses poumons. Il ne sut comment réagir, et pourtant son cerveau tournait à plein régime pour trouver une astuce, une idée, quelque chose, n'importe quoi ! pour se sortir de ce mauvais pas. Ses nageoires ne pouvaient pas lui servir de levier sur lui-même, alors il essaya un audacieux mouvement de balancier dans l'espoir de basculer assez et se remettre dans le bon sens. Il alterna de vigoureux battements de nageoires à droite puis à gauche, encore à droite, à gauche et ainsi de suite... Bien entendu, il parvint à peine à osciller sur sa carapace. Ô, écart terrible entre la théorie et la pratique !
En attendant, ces quelques minutes d'efforts intenses l'avaient épuisé, en plus de le laisser tout essoufflé. Il perdit espoir : il se voyait déjà condamné à terre, sous le soleil, avec ses forces déclinantes qui ne lui servaient à rien, son souffle plus que court, son cœur qui tapait fort dans sa poitrine, exposé à la merci du premier prédateur venu et encore plus vulnérable qu'à sa sortie de l’œuf. Il s'évanouit et resta un instant sans connaissance. Il revint à lui lorsqu'une grande ombre approcha, suivie d'une plus petite restée en retrait.

La mère avait écouté son enfant et s'était déplacée jusqu'à la tortue sur la plage. Avant d'arriver dans son périmètre immédiat et de le toucher, elle se mit à entonner une mélopée étrangement apaisante, comme un langage universel très ancien, que son enfant reprit en chœur et que l'accidenté comprit immédiatement alors qu'il entendait pour la toute première fois ces sons et syllabes d'un autre âge. Ce chant magique leur permit de manipuler et porter la tortue entre eux deux jusqu'à l'océan aux vagues turquoises. Avant de la relâcher complètement, elle lui murmura quelques phrases, toujours dans ce langage ancestral :
"Tu n'es pas une tortue ordinaire. Je le sais, je le sens. Je dois te prévenir : ici dans les archipels des terres aborigènes, les hommes chassent parfois des tortues marines pour nourrir leur famille. Ne reste pas dans les parages ou au moins évite les rivages si tu ne veux pas finir en soupe !"

A suivre : CCC # 4

* Rappel des consignes : "Vous avez un mois pour écrire et partager avec nous un billet ou un article. [...] Une seule contrainte : tous les écrits du mois doivent commencer par la même amorce de phrase ! Il est interdit de changer le moindre mot, la moindre virgule, car ils sont autant d’indices qui vous permettront de tisser ensuite la trame de votre récit, et permettre au train de votre imagination de se mettre en marche !" Ici, c'est la phrase écrite en gras au début du texte.


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